Le succès des vins bio
Gabriel Riel Salvatore, 15 février 2008
Lundi le 11 février dernier avait lieu à
l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie
du Québec le premier salon des vins biologiques
du Québec en association avec Slow Food Québec.
Réel succès, des centaines de personnes
: journalistes, professionnels, étudiants et
simples amateurs, se sont présentés tout
au long de la journée pour venir déguster
les produits de 46 producteurs venus des quatre coins
du monde (de l’Autriche à la Nouvelle-Zélande).
Des producteurs passionnés se trouvaient sur
place, toujours prêts à initier leurs interlocuteurs
un peu plus aux méthodes de production et de
vinification des vins bio. Heureux, donc, de répondre
aux questions et de faire découvrir toute la
richesse de leur terroir. Car, là réside
pour eux l’essentiel de leur démarche :
laisser le vin exprimer au maximum toutes les particularités
des sols et de l’environnement dans lequel il
a évolué jusqu’à sa mise
en bouteille.
Une réalité que s’efforce de faire
connaître monsieur Nicolas Joly, écrivain
et producteur en biodynamie au Domaine la Coulée
de Serrant en Val de Loire. C’est lui qui, non
seulement, est à l’origine de ce salon,
mais aussi de l’association des producteurs de
vins bio : La Renaissance des Appellations, dont fait
partie l’ensemble des domaines invités.
Monsieur Joly présentait également une
conférence sur la viticulture en biodynamie,
énonçant ses grands principes basés
sur les forces vives de la nature, les cycles planétaires
et bien évidemment l’agriculture biologique,
exempte de toute forme de pesticide, herbicide et engrais
chimique. Son objectif est tout simple : chercher à
confondre ses détracteurs et clamer haut et fort
les bienfaits du vin bio.
Car, au-delà du scepticisme associé aux
méthodes de biodynamie, souvent targuée
d’ésotérisme ou d’alchimie
moderne, y a-t-il réellement une différence
entre les vins bio ou pas ? En d’autres termes,
la qualité des vins dits « nature »
est-elle supérieure ? Deux choses sont souvent
mises de l’avant dans ce registre comparatif.
Le goût et la qualité du produit. Évidemment,
il existe de bons et de mauvais producteurs de vins
bio, mais l’essentiel demeure qu’avec des
raisins de meilleure qualité on obtient effectivement
un vin de meilleure qualité. Ainsi, la typicité
du vin s’exprime généralement davantage
dans un vin bio. D’ailleurs, Joly estime que les
AOC françaises courent un réel danger
en continuant de nier les erreurs de la production vitivinicole
moderne, souvent considérées responsables
de l’homogénéisation du goût
du vin dans le monde. Ainsi se questionne-t-il, sur
comment la France dans un marché mondialisé,
arrive à concurrencer avec des producteurs étrangers,
comme l’Argentine par exemple, qui bénéficient
de coûts de main-d’œuvre de loin inférieurs
pour un produit équivalent (en terme de goût
du moins). Un retour aux sources s’impose selon
lui, si l’on veut préserver l’intégrité
des AOC et leur part de marché dans le monde.
Finalement, il est peut-être difficile pour plusieurs
de capter les réelles nuances qui font qu’un
vin bio diffère d’un vin non bio, toujours
est-il que tous ressentiront les bienfaits d’un
produit pur, dénué d’édulcorants
et d’autres produits chimiques ou de synthèse,
surtout au lendemain d’un souper bien arrosé.
C’est là sans doute que réside pour
plusieurs la principale différence entre vins
bio et vins non-bio. Même les plus sceptiques
auront du mal à contredire M. Joly sur ce point.
Du point de vue du prix, est-il avantageux de se procurer
un vin bio ? Cette question mérite notre attention.
Les vins bio sont en général un peu plus
chers, mais pas nécessairement. Il est possible
de se procurer de très bons vins bio pour moins
de 20 dollars. De plus, bien des vins bio se vendent
sensiblement au même prix que d’autres produits
équivalents. Ces vins sont, pour la plupart,
des vins AOC et rarement des vins de table commerciaux
ou de cépage (en général les moins
chers sur le marché). Les vins bio coûtent
donc un peu plus chers parce qu’ils bénéficient
d’une appellation contrôlée et non
parce qu’ils sont bio. Les appellations les plus
représentées en France par exemple : Bordeaux,
Bourgogne, Loire, Rhône, sont en général
assez dispendieuses. Rarement sont-elles accessibles
pour moins de 12 ou 13 dollars. Les quantités
parfois très réduites de certains producteurs
bio expliquent aussi certains prix très élevés.
Mais, il en est de même pour les « vins
de garage » (grands vins produits en quantité
minime) du Bordelais et de la Bourgogne qui ne sont
pas nécessairement bio.
Voici maintenant quelques coups de cœurs de ce
Salon des vins bio 2008.
Issus de l’appellation Montecucco, en plein cœur
de la Toscane à quelques kilomètres de
la célèbre appellation Brunello di Montalcino,
les vins du domaine Campi Nuovi essentiellement composés
de sangiovese m’ont semblé particulièrement
agréables. Très adaptés au marché
québécois pour leur bouquet fruité,
suave et jovial, ils laissent transparaître des
vins frais tout en rondeur. Ces vins s’éloignent
de l’austérité un peu animale de
certains jeunes Chianti Classico, et s’apparentent
plutôt à certains Rosso di Montalcino,
voire à certains Nobile di Montepulciano bien
compotés.
Le Domaine Tissot est maintenant une référence
incontournable dans le Jura en France. L’amour
que Stéphane Tissot investit dans son travail
transpire littéralement de ses vins si particuliers.
Son Savagnin, qui rappelle au nez certains Xéres
par ses notes acidulées et rancio, vous transporte
en plein cœur du terroir jurassien. Plutôt
complexe, ce vin ne laissera personne indifférent.
Je le recommande toutefois aux plus intéressés
d’entre vous (surtout aux amateurs de vieux vins
blancs), car le contraste entre son bouquet quasi sucré
et son aspect sec et tranchant en bouche peut déplaire
aux non-initiés. Je vous suggère fortement
de l’essayer avec un poulet au vin jaune et morilles.
Un vrai délice.
Étrangement, on a tendance à associer
le vin bio au vin rouge. Il est vrai que moins de vins
blancs bio sont disponibles sur le marché. Pourtant,
l’Alsace par exemple, surtout reconnue pour ses
grands vins blancs, n’a rien à envier à
qui que ce soit pour sa production de vin bio de qualité.
Ainsi, le domaine Zind Humbrecht produit parmi les meilleurs
blancs qu’il m’ait été donné
de goûter. Je vous recommande particulièrement
son riesling et son pinot gris d’une finesse et
d’une droiture exceptionnelle accompagnée
d’un fruit sucré et délicat, carrément
envoûtant. Ces vins sont pour la plupart assez
dispendieux, mais démontrent un tel savoir faire
et une telle qualité qu’ils valent amplement
leur pesant d’or.
À en juger par le taux de participation de ce
récent Salon, tout porte à croire que
les gens sont de plus en plus enclins à dépenser
un peu plus pour des vins qui représentent plus
fidèlement l’appellation inscrite sur leur
étiquette et dont le contenu est doublement certifié.
Pour en savoir plus sur les vins bio :
« Le vin, la vigne et la biodynamie » de
Nicolas Joly, Éditions Ellébore Sang de
la Terre 2007, 190 p.
« Le vin du ciel à la terre » de
Nicolas Joly, Éditions Ellébore Sang de
la Terre 2007, 304 p.
« Le Guide des Vins Bio » de Pascal Patron,
Éditions Québécor Média,
255 p.
Tous ces ouvrages sont disponibles à la librairie-boutique
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