Les Cochons tout ronds, une histoire de bon goût !
par Gabriel Riel-Salvatore

On connaît bien le canard du Lac-Brome, mais avez-vous déjà entendu parler des Cochons tout ronds des Îles-de-la-Madeleine ? Promouvoir les charcuteries artisanales dérivées de ces joyeuses bêtes, voilà l’objectif que s’était fixé Slow Food Montréal le 19 mars dernier lors d’un atelier du Goût à l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec (ITHQ) intitulée : Tout est bon dans le cochon !!

Apparu en Italie durant les années quatre-vingts en réaction au courant fast food, Slow Food est un organisme à but non lucratif visant la promotion des produits gastronomiques artisanaux et le respect des traditions culinaires grâce à la création de conviviums (cellules) indépendants disséminés à travers monde, dont celui de Montréal. Trois mots d’ordre : « bon, propre et juste », résument la philosophie de Carlo Petrini, le fondateur du mouvement. Cette expression figure ainsi sur la couverture de son plus récent titre. Mais, revenons à nos cochons …

Les Cochons tout ronds
Patrick Mathey et Vincent Lalonde, les propriétaires de la charcuterie artisanale les Cochons tout ronds, ont présenté leurs produits avec enthousiasme et bonhomie à un public gagné d’avance par l’odeur admirable et réconfortante des précieuses salaisons disposées avec attention sur le comptoir de cuisine de la petite salle de dégustation d’une trentaine de places de l’ITHQ. Avant d’en arriver là, ces deux amis, issus du milieu de la restauration et de la fromagerie, ont toutefois parcouru beaucoup de chemin depuis la fondation de leur petite entreprise en 2001. Bien des essais et certaines erreurs ont ponctué la courte histoire de ce projet guidé par la passion et l’amour des « Îles ». Car c’est bien d’amour et de passion qu’il s’agit : « Je n’aurais établi ma production nulle part ailleurs! » affirme Patrick Mathey, originaire de Lyon, dans un français du vieux continent laissant poindre ici et là un léger accent madelinot. Et bien que leurs porcs soient en fait élevés sur l’Île-du-Prince-Édouard, toute la transformation est faite sur place dans leur « facterie » du Gros-Cap à Cap-aux-Meules.

À tous vents
Nos deux artisans s’inspirent sans gêne de plusieurs spécialités européennes repérées lors de leurs nombreux voyages en Europe, dont le palmarès géographique compte la péninsule ibérique, l’hexagone et le Bel Paese. Ce pèlerinage heureux, parsemé de rencontres inoubliables et de formations professionnelles dans des lieux aussi évocateurs que l’Université du saucisson (ENILV) à La-Roche-sur-Forond, les mène finalement vers Jean-Baptiste Loyatho de la ferme Elizaldia au cœur du pays Basque. Ce grand champion du concours régional du meilleur Jambon de Bayonne Artisanal, leur a même fait l’honneur de sa visite pour des services de consulting en tout début de parcours. Les salaisons, viandes salées, puis séchées et finalement affinées, de la maison portent ainsi fièrement des noms tels que Chorizo, Figatelli, Coppa, Lonzo, Ventrèche, Rosettes et Pancetta. Mais, leur spécialité demeure toutefois le Jambon tout ronds, jambon cru s’apparentant au prosciutto et, bien sûr, au jambon de Bayonne.

Sur la planche à découper
Lors de cet « Atelier du Goût » présidé par Françoise Kayler, le Lonzo, la Coppa, le Jambon tout ronds, le saucisson de ménage, le Figatelli et le Chorizo étaient à l’honneur. Tous à base de porc de race Berkshire, ces produits varient au goût selon la coupe de viande utilisée, son temps de séchage et le type de boyaux employés. Plus ce dernier est épais, plus sont goût est prononcé. Dégusté dans l’ordre, le premier saucisson : le Lonzo, spécialité corse à base de viande de filet de porc mis au sel, puis aromatisé avec un mélange d'épices, était un peu trop salé et trop sec à mon goût, perdant ainsi en tendreté. La Coppa, charcuterie surtout répandue en Italie, mais aussi en Corse, faite de faux-filet macéré dans du sel puis lavé avec du vin et ensuite poivré, m’a tout de suite charmé. Cette viande de bonne densité, à la texture heureuse sous la dent, s’accompagnait d’un gras agréable pas du tout filamenteux, épicé à point et contenu par une croûte très douce. Le Jambon tout ronds, soigné aux petits oignons pendant ses dix-huit mois de préparation avant la charcuterie, était fort bon, bien qu’encore loin en goût des meilleurs Prosciutti di Parma DOP (d’origine protégée) que j’ai déjà eu la chance de goûter. D’un beau rouge clair, couronné d’un gras fin, quasi translucide et fondant, sa viande offrait une texture assez tendre et plutôt douce, agrémentée de légers cristaux de sel chatouillant agréablement l’émaille. Le saucisson de ménage, de bonne consistance offrait un contraste intéressant entre une viande assez maigre et de bons morceaux de gras. Probablement, le plus goûteux en terme de choix de boyau, je l’ai par contre trouvé un peu lourd à digérer. Le Figatelli, à base de foie et d’abats, m’a un peu fait penser au fegatazzo italien. Le Chorizo, plutôt maigre, était très doux. La version au piment d’Espelette m’a d’avantage plu.


Dans l’ensemble, les produits de Patrick Mathey et Vincent Lalonde sont fort intéressants et méritent bien un petit détour au Marché Jean-Talon où existe désormais une boutique Cochons tout ronds. Les efforts des deux associés ont d’ailleurs été honorés par le Consortium Slow Food de Culatello di Zibello en Italie qui leur a décerné la reconnaissance du « Culatello d’Oro 2007. » Mais quelle influence les Îles-de-la-Madeleine ont-elles sur ces Cochons tout ronds me demanderez-vous pour finir ? Vous verrez en les goûtant. Vous sentirez tantôt une douce brise vous caresser, tantôt un vent musclé vous envelopper.

Pour plus d’information :
www.slowfoodquebec.com
www.cochonstoutronds.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

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